Sadia Blandine : entreprendre jusqu’au bout

Partir de rien pour devenir chef de sa propre entreprise. Un rêve qu’elle a nourri depuis son enfance et qu’elle finit par réaliser. Sadia Blandine est une jeune femme entrepreneure ivoirienne qui exerce dans le milieu du transport en Côte d’Ivoire. Dans ce secteur où la majeure partie des acteurs sont des hommes, elle s’y est frottée. Et ce, pendant de nombreuses années. De réparatrice d’appareils de communications, à apprentie puis conductrice de mini car (communément appelé Gbaka), elle a parcouru un long chemin pour s’affirmer désormais dans ce milieu.

Adjamé-Liberté. Des Gbakas vont et (re) viennent avec des passagers à bord. Des vendeuses d’eau en sachet proposent d’étancher la soif des personnes rencontrées. Il est un peu plus de 11 heures du matin. La chaleur est intense. « Il y a de l’eau ! De l’eau !», crient les commençantes à la sauvette. Les bruits assourdissants des klaxons de véhicules, n’empêchent pas les différents marchands ambulants de proposer leurs articles. Toute cette ambiance digne d’une véritable gare routière, Sadia la connaît. Elle l’a vécu et continue de la vivre au quotidien. « C’est ici que tout a commencé », indique-t-elle.

Originaire et native de la ville de Man (Ouest de la Côte d’Ivoire), cette dernière s’est lancée très tôt dans le commerce pour subvenir aux besoins de sa famille. « Pendant la crise qu’a connue le pays en 2002, mes parents n’avaient plus les moyens de me scolariser. J’ai donc arrêté les études au Cours Moyen deuxième année (CM2) et j’ai préféré aller au marché, aider ma mère à vendre des produits agricoles », raconte-t-elle.

Cinq ans plus tard (2007), elle se rend à Abidjan, précisément à Adjamé, avec un seul objectif : « Gagner assez d’argent pour sa famille à Man » et réaliser ses projets.

Entreprenante, elle se lance dans la vente de “toffee”. Ces bonbons, sucrés, au goût de caramel, lui permettent d’avoir souvent, 2500 FCFA comme bénéfice par jour.

Mais Blandine a le désir de se faire plus d’argent. Elle se lance dans la vente d’appareils mobiles. « Avec les économies que je me suis faites dans le commerce d’aliments, j’ai investi dans les produits de communications, tels que les (téléphones) portables, batteries, chargeurs, écouteurs », révèle-t-elle avant d’ajouter : « à l’époque, je n’avais pas un endroit précis pour vendre. J’étalais mes produits sur un sachet plastique en bordure de route et j’appelais les clients ».

À côté de cela, Sadia met en place un système qui permet de recharger la batterie d’un téléphone mobile lorsqu’il est déchargé. Ce système, elle le facture à 100 FCFA la charge. Toutes ces activités lui permettent de générer chaque fin de journée une somme avoisinant les 80.000 FCFA. La jeune entrepreneure décide de s’offrir un magasin, à la “ Liberté” (quartier d’Adjamé), juste derrière l’agence de la Compagnie Ivoirienne d’électricité (CIE). Dans la même période, elle apprend auprès d’un de ses pairs et devancier, à réparer des téléphones. Pour cette cheffe d’entreprise, « vendre des portables et ne pas savoir les réparer est un travail incomplet ».

Un rêve d’enfant

Depuis son enfance, Blandine savait déjà ce qu’elle voulait faire comme métier une fois adulte. « Mon plus grand rêve était de devenir une très grande entrepreneure dans le secteur du transport. C’est pourquoi depuis l’enfance, je fabriquais régulièrement des voitures avec les grandes boîtes de conserve vides », se souvient-elle le sourire aux lèvres.

Ce rêve, elle l’a réalisé. Ou presque. Elle est désormais responsable d’une gare de transport “Sadia Transport”, située non loin de l’agence de la CIE à Adjamé-Liberté. Mais avant d’y arriver, elle a été apprentie-gbaka et transporteuse.

« Avec mon entreprise de téléphone portable, je voulais gagner encore plus d’argent. Et puisque mon magasin fait face à la route, je voyais chaque jour les gbakas partir et venir », raconte-t-elle. « C’est ainsi qu’un jour, je prends des renseignements auprès d’un chauffeur, sur les bénéfices qu’ils ont à la fin de leurs journées. 60.000 FCFA/jour, c’est ce qu’il m’a répondu », poursuit-elle tout enthousiaste. « J’ai réfléchi. J’ai calculé. Et vu tout ce que je pouvais gagner en un jour, j’ai décidé de devenir apprentie-gbaka, en 2012 », conclut-elle.

Des paroles négatives, elle en a reçu. Des moqueries, elle en a essuyé. Mais sa force de caractère lui permet d’exister dans ce métier dit « d’homme « . « Après un voyage effectué sur la ligne de Bingerville, j’ai maîtrisé tous les arrêts et je suis devenue tout de suite une professionnelle », révèle en riant, celle qu’on surnomme “Adjara” dans ce secteur.

Avec ses économies, elle passe le permis et l’obtient en 2015, puis après plusieurs démarches administratives, elle crée sa société de transport sur fonds propres.

« Je souhaite ouvrir un grand parc auto, afin d’aider le plus grand nombre de jeunes sans emploi », confie la visionnaire. C’est cette abnégation et ce sens de l’entrepreneuriat qui lui ont valu en 2015, le prix de meilleure conductrice catégorie femme, reçu des mains du ministre ivoirien des transports, Gaoussou Touré.

Pour son entourage et ses connaissances, Sadia est un modèle de courage, de persévérance et de réussite. « Elle est très minutieuse dans ce qu’elle fait. C’est une femme qui se “bat” comme un homme et qui veut réussir. J’ai beaucoup de respect pour elle », témoigne Franck Ossohou, employé d’Adjara.

« Pour moi, c’est le travail qui peut nous rendre libre. Nous rendre heureux. Alors, à l’endroit de mes jeunes sœurs : je préfère qu’elles se mettent au travail, pour voir leurs rêves se réaliser », conseille-t-elle.

Adonis N’Guessan

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