Effondrement d’immeuble à Cocody Angré : l’amertume des rescapés

Mardi 8 mars 2022. Il est 11 heures. Le ciel s’assombrit sur le quartier Angré, situé dans la commune de Cocody à Abidjan. Et ce n’est pas une métaphore. Le soleil éclatant du matin semble avoir progressivement baissé la garde. Une pluie fine et rebelle étend ses tentacules pour adoucir l’atmosphère de ce quartier qui, depuis quelques jours, est le témoin hostile d’un drame redoutable. L’effondrement d’un immeuble R+4, la nuit du 6 mars 2022. Au milieu des dégâts matériels importants et des pertes en vies humaines enregistrées, les victimes qui ont survécu pleurent l’effondrement de toute une vie.

L’air pensif, le regard perdu dans le vide, les yeux embués de larmes, Aziz Taofic observe tristement l’opération de dégarnissage de cet immeuble dont il est le locataire depuis 6 mois. Employé dans une quincaillerie de la place, il se trouvait à l’intérieur de l’immeuble lorsque le drame s’est produit.

« J’étais déjà sur le point de m’endormir lorsque j’ai commencé par entendre un bruit étrange. J’ai demandé à ma femme si elle avait oublié quelque chose au feu, mais le temps qu’elle me réponde, tout autour de nous a commencé par s’écrouler. En l’espace de quelques secondes, on avait plus d’issue pour sortir. On s’est mis à crier au secours, mais personne ne pouvait nous entendre. Je ne sais même plus comment j’ai réussi à dégager un petit trou avec ma main et c’est ça qui a finalement attiré l’attention des gens qui sont venus nous aider à sortir de là », raconte-t-il péniblement.

Père de trois enfants dont un bébé de quelques mois, sa famille et lui s’en sont sortis indemnes. Non sans quelques égratignures, certes. Mais face aux victimes qui n’ont pas survécu, il s’estime « chanceux ».

Sur les lieux du drame, l’agitation est à son comble. De part et d’autre, quelques attroupements. Des policiers, des responsables de la police municipale, des ouvriers ou juste des passants. Habitants du quartier, proches ou familles des victimes assistent impuissants au spectacle sinistre qui s’offre à eux. À quelques mètres, l’équipe des sapeurs-pompiers militaires s’active pour désencombrer l’endroit.

« Suite aux renseignements recueillis, il ne devrait plus y avoir de victimes sous les décombres, mais puisqu’on ne sait jamais nous poursuivons l’opération de dégarnissage pour ramasser le reste des décombres et rechercher des victimes éventuelles même si ce n’est pas évident qu’on en trouve encore », explique le capitaine Aphaud, responsable de l’équipe des sapeurs-pompiers militaires.

Debout, à côté de sa sœur venue le soutenir, Abdoul Malick n’en revient toujours pas. Locataire d’un studio au troisième étage, il vient d’échapper à ce qui aurait pu être une mort certaine.

« Je viens à peine d’arriver de voyage et voici dans quoi je tombe. Je suis complètement sous le choc. Heureusement que je n’étais pas là. Mais c’est vraiment terrible ce qui s’est passé ici. Il y a toute une famille qui habitait au rez-de-chaussée et qui n’a pas survécu », témoigne-t-il complètement déboussolé.

Les victimes rescapées disent avoir tout perdu dans cet effondrement. Meubles divers, documents importants, pièces d’identité, et surtout beaucoup d’argent pour certains. Tout ce qu’ils ont réussi à sauver, c’est leur « peau ». Si certains ont pu trouver refuge auprès de leurs proches, d’autres ont plutôt bénéficié d’une prise en charge immédiate qui a permis de les loger à l’hôtel communal en attendant l’issue des événements.

Entouré de ses proches, un Mauritanien propriétaire de quelques boutiques en bas de l’immeuble retient péniblement ses larmes. « Il a perdu 14 millions dans cet incident et espère que pendant la fouille les sapeurs-pompiers vont retrouver l’argent », souffle doucement l’un de ses employés.

Récupérés des décombres, quelques matelas, gaz et vivres divers sont entassés à même le sol. Les policiers tentent de contenir la foule. La plupart des victimes présentes espèrent obtenir davantage de soutien pour surmonter cette « douloureuse épreuve ».

Pour l’heure, le bilan établi fait mention de 36 victimes dont 6 décès confirmés.

Rachidath BOURAÏMA

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